Xi Jinping maintient la pression sur Moscou en retardant le projet stratégique « Force de Sibérie 2 »

En recevant successivement plusieurs dirigeants internationaux à Pékin, dont le président russe Vladimir Poutine, le président chinois Xi Jinping confirme la place centrale de la Chine dans les équilibres géopolitiques mondiaux. Mais derrière les démonstrations d’amitié entre Pékin et Moscou, un dossier majeur continue de bloquer : le gigantesque gazoduc « Force de Sibérie 2 », projet stratégique attendu par la Russie depuis plusieurs années.

Lors de cette visite officielle marquant les 25 ans du traité d’amitié sino-russe, Vladimir Putin espérait obtenir un engagement ferme de Pékin sur ce pipeline destiné à acheminer le gaz russe vers la Chine via la Mongolie. Ce projet de plus de 2 600 kilomètres permettrait de transporter jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz par an, un volume crucial pour Moscou depuis la perte progressive du marché européen à cause des sanctions liées à la guerre en Ukraine.

Malgré les déclarations chaleureuses entre les deux dirigeants, aucun accord définitif n’a été signé. Pékin continue de temporiser, profitant de la dépendance croissante de la Russie pour négocier des conditions tarifaires plus avantageuses et conserver une marge de manœuvre stratégique. La Chine cherche également à éviter une dépendance excessive au gaz russe alors qu’elle accélère parallèlement ses investissements dans les énergies renouvelables, le nucléaire et la diversification de ses approvisionnements énergétiques.

Cette situation illustre l’asymétrie croissante du partenariat sino-russe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie s’est fortement rapprochée de la Chine sur les plans économique et diplomatique, tandis que Pékin adopte une posture plus prudente, utilisant son poids économique comme levier dans les négociations. Plusieurs analystes estiment désormais que Moscou apparaît davantage comme un partenaire dépendant que comme un véritable égal stratégique de Pékin.

Au-delà du dossier énergétique, les deux dirigeants ont néanmoins affiché leur convergence face aux États-Unis et à l’Occident. Ils ont signé plusieurs accords de coopération et publié une déclaration commune dénonçant l’« hégémonisme » occidental et appelant à un ordre mondial multipolaire. Les tensions au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, ont également dominé les discussions en raison de leurs conséquences directes sur les marchés mondiaux de l’énergie.

Pour Pékin, ce sommet renforce son image de puissance diplomatique incontournable, capable de dialoguer avec tous les grands acteurs internationaux. Pour Moscou, en revanche, l’absence d’avancée concrète sur « Force de Sibérie 2 » rappelle que la Russie reste aujourd’hui en position de faiblesse face à son puissant voisin chinois.