Nicaragua : une nouvelle réforme électorale renforce le pouvoir de Daniel Ortega et prévoit un mandat présidentiel de sept ans

Le gouvernement nicaraguayen poursuit son vaste chantier de transformation des institutions avec une nouvelle réforme électorale qui suscite de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale. Présenté par le président Daniel Ortega et la coprésidente Rosario Murillo, le projet prévoit notamment de porter la durée du mandat présidentiel de six à sept ans et d’élargir les critères d’inéligibilité afin d’écarter davantage d’opposants des futurs scrutins. Cette initiative marque une nouvelle étape dans la concentration du pouvoir par le couple dirigeant, déjà au centre de nombreuses critiques pour son recul démocratique.

Selon le texte déposé devant l’Assemblée nationale, largement dominée par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), les futures élections présidentielles seraient organisées tous les sept ans au lieu de six actuellement. Cette proposition intervient moins de deux ans après une importante réforme constitutionnelle entrée en vigueur en 2025, qui avait déjà prolongé le mandat présidentiel de cinq à six ans, instauré la fonction de coprésidence exercée conjointement par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, tout en renforçant considérablement les prérogatives de l’exécutif.

La réforme prévoit également de modifier les conditions d’éligibilité aux élections. Les personnes accusées d’avoir porté atteinte à « l’indépendance », à la « souveraineté » ou aux « intérêts suprêmes de la nation » pourraient être exclues des scrutins. Dans les faits, cette disposition vise les opposants politiques, les militants, les journalistes et les personnalités déjà poursuivis ou déchus de leur nationalité par le régime au cours des dernières années. Les organisations de défense des droits humains estiment que ces critères, rédigés de manière très large, offrent aux autorités un nouvel outil juridique pour empêcher toute véritable concurrence électorale. )

Depuis les manifestations antigouvernementales de 2018, sévèrement réprimées selon les Nations unies et plusieurs organisations internationales, le pouvoir nicaraguayen a progressivement démantelé les principaux contre-pouvoirs. Des centaines d’organisations non gouvernementales ont été dissoutes, plusieurs médias indépendants ont fermé ou se sont exilés, tandis que de nombreux opposants ont été emprisonnés, expulsés du pays ou privés de leur nationalité. Les élections présidentielles de 2021 avaient déjà été largement contestées après l’arrestation de plusieurs candidats de l’opposition avant le scrutin.

Cette nouvelle réforme intervient quelques jours seulement après les déclarations de Daniel Ortega affirmant que le Nicaragua n’organiserait plus d’élections telles qu’elles existaient jusqu’à présent, estimant que ce modèle favorisait les tentatives de déstabilisation du pays. Ces propos ont provoqué une vague de condamnations à l’étranger, plusieurs gouvernements occidentaux et organisations internationales dénonçant une dérive autoritaire et la disparition progressive des mécanismes démocratiques au Nicaragua.

Aux États-Unis, la représentation permanente auprès de l’Organisation des États américains (OEA) a demandé la convocation d’une réunion extraordinaire afin d’examiner l’évolution de la situation politique nicaraguayenne. Washington considère que ces nouvelles mesures compromettent davantage les libertés politiques et risquent d’accentuer les flux migratoires en provenance du pays. Plusieurs gouvernements latino-américains ainsi que des organisations internationales de défense des droits humains ont également exprimé leurs préoccupations face à l’érosion continue de l’État de droit.

Pour les analystes politiques, cette réforme s’inscrit dans une stratégie de consolidation durable du pouvoir du couple Ortega-Murillo. En allongeant la durée des mandats et en limitant davantage la participation de l’opposition, le gouvernement réduit la fréquence des consultations électorales tout en renforçant son contrôle sur les institutions. Plusieurs experts estiment que cette évolution rapproche progressivement le Nicaragua d’un système politique où les élections perdent leur caractère compétitif, au profit d’un régime dominé par un exécutif disposant d’un contrôle quasi total sur les institutions publiques.

Le projet de réforme doit encore suivre le processus législatif prévu par la Constitution nicaraguayenne, mais son adoption apparaît hautement probable compte tenu de la majorité écrasante détenue par le parti au pouvoir au Parlement. S’il est définitivement approuvé, le Nicaragua franchira une nouvelle étape dans la transformation de son système politique, alimentant les critiques internationales sur l’affaiblissement de la démocratie, de la séparation des pouvoirs et du pluralisme politique dans le pays.