Le Mali traverse une nouvelle phase critique de son conflit sécuritaire après la prise de contrôle de Kidal par une alliance inédite entre rebelles touareg et groupes djihadistes. Selon plusieurs sources concordantes, la ville stratégique du nord du pays est tombée entre les mains du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), organisation affiliée à Al-Qaida. Cette évolution représente un revers militaire et politique majeur pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta.
Kidal occupe une place symbolique centrale dans l’histoire contemporaine du Mali. Longtemps bastion des rébellions touareg, la ville avait été reprise par l’armée malienne en 2023 avec l’appui des forces russes liées au groupe Wagner, devenu depuis Africa Corps. Sa perte aujourd’hui fragilise considérablement le discours de restauration de l’autorité de l’État porté par la junte depuis plusieurs années. La reconquête de Kidal était alors présentée comme une victoire historique ; son basculement actuel inverse totalement cette dynamique.
Cette offensive ne se limite pas au nord du pays. Des attaques coordonnées ont également visé plusieurs zones sensibles, notamment Bamako, Kati, Gao, Mopti et Sévaré. Kati, où se trouve l’un des principaux camps militaires du pays, a été particulièrement ciblée. L’ampleur géographique et la simultanéité des opérations montrent un niveau de préparation rarement observé depuis le début de la crise malienne en 2012. Plusieurs analystes y voient le signe d’une montée en puissance des groupes armés face à une armée sous pression malgré le soutien russe.
L’un des éléments les plus marquants de cette séquence est la coopération ouverte entre mouvements séparatistes touareg et djihadistes. Historiquement, ces groupes ont entretenu des relations fluctuantes, parfois rivales, parfois tactiques. Leur coordination actuelle modifie profondément l’équilibre du conflit, car elle combine enracinement local, mobilité militaire et capacité de nuisance nationale. Cette alliance reste potentiellement fragile sur le plan idéologique, mais son efficacité opérationnelle inquiète déjà les observateurs régionaux.
Pour la junte malienne, cette crise intervient à un moment délicat. Le régime a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, exigé le départ de la mission onusienne MINUSMA et misé sur une stratégie strictement sécuritaire. Or, malgré ces choix, l’insécurité s’étend, les axes logistiques restent vulnérables et de vastes zones rurales échappent encore au contrôle de l’État. La perte de Kidal pourrait relancer les critiques internes sur la gouvernance militaire du pays et sur l’efficacité réelle de ses alliances extérieures.
Au-delà du Mali, cette évolution risque d’avoir des répercussions sur tout le Sahel. Le pays fait partie de l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, deux voisins eux aussi dirigés par des régimes militaires confrontés à la menace djihadiste. Une déstabilisation durable du Mali pourrait donc accentuer l’insécurité régionale, perturber les échanges transfrontaliers et provoquer de nouveaux déplacements de populations civiles.
La situation demeure évolutive et les combats pourraient se poursuivre autour des bases encore tenues par les forces maliennes. Mais une chose est déjà certaine : la reprise de Kidal par les rebelles constitue l’un des événements les plus marquants de la guerre au Mali depuis plusieurs années et pourrait redéfinir durablement le rapport de force dans le nord du pays.