Les États-Unis misent sur les terres rares sud-africaines malgré les tensions diplomatiques

Les États-Unis ont décidé de soutenir un important projet d’extraction de terres rares en Afrique du Sud, illustrant la priorité stratégique accordée à la sécurisation des minerais critiques malgré les tensions politiques entre Washington et Pretoria. L’initiative concerne le projet de Phalaborwa, situé dans la province du Limpopo, où d’anciens résidus miniers pourraient devenir une nouvelle source de métaux indispensables à l’économie mondiale.

Washington appuie ce projet via la United States International Development Finance Corporation (DFC), qui prévoit un investissement de 50 millions de dollars. L’objectif est clair : réduire la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine, aujourd’hui largement dominante dans la production et surtout le raffinage des terres rares. Ces minerais sont essentiels à la fabrication de véhicules électriques, d’éoliennes, de robots industriels, d’équipements électroniques avancés et de systèmes de défense.

Le site sud-africain de Phalaborwa présente une particularité majeure : l’exploitation ne porterait pas sur une nouvelle mine traditionnelle, mais sur environ 35 millions de tonnes de phosphogypse, un sous-produit issu d’anciennes activités minières et chimiques. Cette approche pourrait permettre de récupérer des éléments stratégiques comme le néodyme, le praséodyme, le dysprosium ou encore le terbium, tous très recherchés pour la production d’aimants permanents haute performance.

Le projet est développé par la société Rainbow Rare Earths avec le soutien de TechMet, partenaire de la DFC. Selon les promoteurs, les opérations pourraient débuter en 2028, avec une durée d’exploitation estimée à 16 ans. La construction d’une usine de traitement est attendue dès 2027.

Au-delà de l’aspect industriel, cette décision intervient dans un contexte diplomatique délicat entre les deux pays. L’administration américaine a récemment gelé certaines aides financières à l’Afrique du Sud, marquant un refroidissement des relations bilatérales. Malgré cela, Washington choisit de maintenir son engagement sur ce dossier minier, preuve que la compétition mondiale pour l’accès aux ressources critiques dépasse les divergences politiques du moment.

Les analystes estiment que ce projet pourrait également renforcer la position de l’Afrique du Sud dans les chaînes de valeur mondiales liées à la transition énergétique. Alors que la demande mondiale en terres rares continue d’augmenter, Pretoria pourrait attirer davantage d’investissements dans la transformation minière, la métallurgie et les technologies propres. Pour les États-Unis, il s’agit aussi d’élargir leur présence économique en Afrique, où la Chine conserve une influence majeure dans le secteur minier.

Si le projet réussit, Phalaborwa pourrait devenir un symbole d’une nouvelle génération d’exploitation minière : plus circulaire, fondée sur la valorisation de déchets industriels existants, moins énergivore et davantage alignée avec les impératifs environnementaux mondiaux. Il représenterait également un tournant géopolitique majeur dans la bataille internationale pour les ressources du futur.