COMMERCE EXTÉRIEUR À MADAGASCAR : LA HAUSSE DE L’ARIARY FRAGILISE LES EXPORTATIONS ET MENACE L’ENSEMBLE DE LA CHAÎNE ÉCONOMIQUE

À première vue, l’appréciation de la monnaie nationale pourrait être perçue comme un signal positif pour l’économie malgache, traduisant une certaine stabilité macroéconomique. Pourtant, sur le terrain, les opérateurs économiques tirent la sonnette d’alarme : un ariary trop fort devient un handicap majeur pour la compétitivité des produits malgaches à l’international, mettant en difficulté des secteurs clés de l’exportation.

Selon les professionnels du commerce extérieur, cette appréciation récente – estimée à environ 700 ariary depuis le début de l’année  a déjà des conséquences concrètes. Elle réduit mécaniquement les revenus des exportateurs, qui vendent leurs produits en devises étrangères. Une fois convertis en ariary, ces revenus diminuent, comprimant fortement leurs marges. Dans certaines filières emblématiques comme la vanille ou le girofle, les pertes sont évaluées à près de 8 %, soit l’équivalent de la marge nette des opérateurs.

Au-delà de la rentabilité immédiate, c’est toute la compétitivité du pays qui est remise en question. Un ariary trop fort renchérit les prix des produits malgaches sur les marchés internationaux, les rendant moins attractifs face à ceux de pays concurrents. Les acheteurs étrangers pourraient ainsi se détourner progressivement de Madagascar au profit d’autres origines offrant des coûts plus compétitifs, risquant de marginaliser certaines filières nationales.

Les répercussions ne se limitent pas aux entreprises exportatrices. L’ensemble de la chaîne de valeur est affecté. La baisse des revenus se traduit par une réduction des prix d’achat aux producteurs, aggravant la précarité dans les zones rurales. Par effet domino, les capacités d’investissement des entreprises diminuent également, freinant la modernisation des infrastructures agricoles et industrielles, pourtant essentielle pour améliorer la productivité et la qualité des produits.

Le secteur de l’emploi subit déjà les premières secousses. Plus de 10 000 emplois auraient été suspendus au sein des entreprises franches et de leurs partenaires, selon les opérateurs regroupés au sein du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP). Certaines sociétés se retrouvent même à fonctionner à perte, illustrant la gravité de la situation actuelle.

Face à ces défis, les acteurs économiques plaident pour une gestion plus équilibrée du taux de change. Ils estiment que la valeur de l’ariary devrait être davantage déterminée par les mécanismes du marché, notamment via le marché interbancaire de devises, afin d’éviter des fluctuations trop brutales, qu’il s’agisse d’une appréciation ou d’une dépréciation excessive. La stabilité monétaire apparaît ainsi comme un levier essentiel pour préserver la compétitivité des exportations tout en soutenant la production locale.

Dans ce contexte, le renforcement du dialogue entre les autorités publiques et le secteur privé est jugé indispensable. L’enjeu dépasse la seule question monétaire : il s’agit de préserver l’un des piliers de l’économie malgache, alors que les exportations agricoles et industrielles représentent une part significative des revenus du pays et des emplois. Sans ajustement rapide, la vigueur apparente de l’ariary pourrait paradoxalement se transformer en facteur de fragilisation durable pour l’économie nationale.