Dans la commune isolée de Camopi, à l’est de la Guyane, la colère des habitants face à l’orpaillage illégal franchit un nouveau cap. Confrontée à une intensification récente de l’activité des chercheurs d’or clandestins, la population locale a décidé de s’organiser elle-même pour freiner ce phénomène qui menace à la fois l’environnement, la sécurité et les conditions de vie.
Le 25 avril, des habitants ont ainsi mis en place un barrage fluvial temporaire afin de perturber les flux logistiques des orpailleurs clandestins. Cette initiative symbolique vise à bloquer l’acheminement de carburant, de matériel et de vivres indispensables à ces exploitations illégales, souvent opérées par des garimpeiros venus du Brésil.
Cette mobilisation citoyenne intervient dans un contexte de forte recrudescence de l’orpaillage clandestin. Autour de Camopi, le parc amazonien de Guyane recensait déjà 16 sites illégaux en 2025, et 176 sur l’ensemble de la zone qu’il administre, un niveau inédit depuis plusieurs années. À l’échelle du territoire guyanais, près de 600 sites clandestins sont aujourd’hui actifs, impliquant environ 8 000 orpailleurs et une production estimée entre 5 et 6 tonnes d’or par an.
Cette activité est alimentée par la hausse du prix de l’or, qui renforce son attractivité malgré les opérations de lutte menées par les autorités françaises, notamment l’opération Harpie. Toutefois, ces dispositifs peinent à éradiquer durablement le phénomène, les réseaux illégaux s’adaptant en permanence aux contrôles et aux destructions de matériel.
Les conséquences sont lourdes pour les populations locales, en particulier les communautés amérindiennes. L’orpaillage illégal entraîne une déforestation importante, estimée à environ 150 hectares par an, ainsi qu’une pollution des cours d’eau sur près de 100 kilomètres, notamment à cause de l’usage du mercure. Ces dégradations affectent directement les ressources alimentaires et la santé des habitants, dont la vie dépend étroitement de la forêt et des rivières.
Au-delà des impacts environnementaux, la situation alimente également des tensions croissantes. Des confrontations ont déjà eu lieu entre habitants et forces de l’ordre, ces dernières étant parfois accusées d’entraver les initiatives locales plutôt que de soutenir les populations.
Face à ce sentiment d’abandon, les habitants de Camopi expriment une défiance grandissante envers l’action de l’État, jugée insuffisante au regard de l’ampleur du phénomène. Leur mobilisation traduit une volonté de reprendre le contrôle de leur territoire, mais elle souligne aussi les limites des politiques actuelles de lutte contre l’orpaillage illégal.
Dans ce territoire enclavé, où les enjeux environnementaux, économiques et sécuritaires s’entremêlent, l’initiative des habitants apparaît comme un signal fort. Elle pose la question du rôle de l’État et de la nécessité d’une réponse plus adaptée pour endiguer un fléau persistant qui continue de fragiliser la Guyane.