Une nouvelle escalade des tensions en Méditerranée centrale ravive les inquiétudes autour de la sécurité des opérations humanitaires en mer. L’ONG allemande Sea-Watch a affirmé que son navire de secours, le Sea-Watch 5, a essuyé des tirs et subi des menaces de la part d’unités liées aux gardes-côtes libyens alors qu’il venait de secourir environ 90 migrants en détresse dans les eaux internationales au large de la Libye.
Selon les témoignages rapportés par l’équipage, les faits se sont produits alors que le bateau humanitaire se dirigeait vers l’Italie après une opération de sauvetage. Des embarcations armées identifiées comme appartenant aux forces libyennes auraient approché le navire à grande vitesse avant d’effectuer des tirs à proximité du bâtiment humanitaire. Les membres de l’ONG affirment également avoir reçu des menaces d’arraisonnement et des injonctions visant à forcer le retour des migrants secourus vers la Libye.
L’incident s’est déroulé dans une zone maritime internationale, un élément central du dossier puisque les ONG de secours rappellent régulièrement que les opérations de sauvetage menées dans ces eaux relèvent du droit maritime international. Les rescapés à bord seraient principalement originaires du Bangladesh et d’Égypte, selon les informations communiquées par Sea-Watch.
Cette affaire remet en lumière le rôle controversé des gardes-côtes libyens dans la gestion des flux migratoires en Méditerranée. Depuis plusieurs années, l’Union européenne et certains États membres, notamment l’Italie, financent, équipent et forment des unités libyennes afin de limiter les départs de migrants vers l’Europe. Plusieurs ONG et organisations de défense des droits humains dénoncent toutefois des méthodes jugées violentes ainsi que des violations répétées du droit international et des droits fondamentaux des migrants interceptés en mer puis renvoyés en Libye.
L’événement intervient moins d’un an après une autre attaque signalée contre l’« Ocean Viking », navire humanitaire de SOS Méditerranée, qui avait déjà été pris pour cible par des tirs attribués à des gardes-côtes libyens dans les eaux internationales. Cet épisode avait provoqué une vive émotion en Europe et relancé le débat sur la coopération migratoire entre Bruxelles et Tripoli.
Face à cette nouvelle confrontation, plusieurs associations humanitaires appellent les autorités européennes à réévaluer leur soutien aux forces maritimes libyennes. Elles estiment que ces incidents créent un climat de danger permanent pour les équipages civils engagés dans le sauvetage des migrants traversant la route migratoire la plus meurtrière au monde.