La Commission européenne a autorisé, mercredi 22 juillet, le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, une opération évaluée à 110 milliards de dollars. Cette décision représente une avancée majeure pour ce qui pourrait devenir l’une des plus importantes fusions de l’histoire de l’industrie du divertissement. Toutefois, Bruxelles a assorti son approbation de plusieurs conditions destinées à préserver la concurrence sur le marché européen de la distribution cinématographique.
Le principal engagement exigé par la Commission concerne la dissolution de United International Pictures (UIP), la coentreprise de distribution détenue par Paramount et Universal Pictures. Paramount devra mettre fin à ce partenariat dans les 13 mois suivant la finalisation de l’acquisition. Le groupe s’est également engagé à ne conclure aucun nouvel accord de codistribution avec Universal en Europe pendant dix ans et à maintenir une distribution indépendante des films de Warner Bros. Selon les autorités européennes, ces mesures empêchent une concentration excessive qui aurait pu réduire la concurrence entre les principaux studios hollywoodiens sur le marché européen.
Cette approbation constitue une victoire importante pour David Ellison, directeur général de Paramount Skydance, qui cherche à bâtir un nouveau géant mondial des médias capable de rivaliser avec les plateformes de streaming et les grands groupes du secteur. Une fois l’opération finalisée, la nouvelle entité regrouperait un portefeuille exceptionnel de marques et de contenus, parmi lesquels Warner Bros. Pictures, HBO Max, CNN, CBS, Paramount+, Nickelodeon, Showtime, TNT Sports ainsi qu’un vaste catalogue de franchises cinématographiques et télévisuelles. Ce rapprochement renforcerait considérablement sa présence dans le streaming, la télévision, le cinéma et la production de contenus à l’échelle mondiale.
Malgré le feu vert européen, la fusion est encore loin d’être définitivement acquise. Aux États-Unis, plusieurs États, menés par la Californie, contestent l’opération devant la justice au nom des règles de concurrence. Un tribunal fédéral a récemment ordonné une suspension temporaire de la transaction, tandis qu’une audience déterminante est prévue début août. En parallèle, le Writers Guild of America, le syndicat représentant les scénaristes américains, a engagé une procédure judiciaire, estimant que cette concentration pourrait réduire les opportunités d’emploi et affaiblir la diversité de la création audiovisuelle.
Le dossier fait également l’objet d’un examen au Royaume-Uni, où les autorités envisagent une intervention en raison des conséquences potentielles sur les services d’information, les programmes destinés à la jeunesse et les plateformes de streaming. Ces différentes procédures montrent que, si Bruxelles a levé un obstacle majeur, les autorités de régulation continuent de surveiller de près les effets d’une telle concentration sur le pluralisme des médias et la concurrence internationale.
Au-delà de ses aspects financiers, cette fusion illustre la profonde transformation du secteur audiovisuel mondial. Face à la montée en puissance des plateformes de streaming et à l’augmentation des coûts de production, les grands studios cherchent à atteindre une taille critique afin de mutualiser leurs investissements, renforcer leur pouvoir de négociation et enrichir leurs catalogues de contenus. Si elle aboutit, l’union entre Paramount et Warner Bros. Discovery redessinera durablement l’équilibre du marché mondial des médias, en donnant naissance à un acteur capable de rivaliser avec les plus grands groupes du divertissement.