Le président indonésien Prabowo Subianto fait face à une montée des inquiétudes des investisseurs après l’annonce d’un vaste renforcement du contrôle de l’État sur les exportations de ressources naturelles stratégiques du pays. Cette nouvelle orientation économique, dévoilée le 20 mai à Jakarta, a provoqué de fortes turbulences sur les marchés financiers indonésiens et relancé les débats autour du « nationalisme des ressources » défendu par le chef de l’État.
Le gouvernement prévoit désormais de confier à une entreprise publique, rattachée au fonds souverain Danantara Indonesia, la gestion des exportations de produits clés comme le nickel, l’huile de palme ou encore le charbon. L’objectif affiché est de lutter contre les fraudes, les sous-déclarations et les pertes financières que les autorités estiment colossales pour l’économie nationale. Selon le président, l’Indonésie aurait perdu plus de 900 milliards de dollars entre 1991 et 2024 en raison de pratiques opaques dans le commerce des matières premières.
Cette réforme, qui doit entrer progressivement en vigueur à partir de septembre 2026 avant une application complète en janvier 2027, marque une nouvelle étape dans la politique économique interventionniste de Indonésie. Depuis son arrivée au pouvoir, Prabowo Subianto multiplie les programmes étatiques ambitieux : repas gratuits pour des dizaines de millions d’écoliers, création de coopératives rurales financées par l’État, contrôle accru des ressources agricoles et énergétiques ou encore recentralisation des flux financiers liés aux exportations.
Mais ces annonces ont immédiatement provoqué une réaction négative des marchés. Plusieurs entreprises du secteur des matières premières ont vu leur valeur chuter brutalement à la Bourse de Jakarta. Les investisseurs redoutent notamment une baisse des marges pour les groupes privés, une bureaucratisation accrue des échanges commerciaux ainsi qu’un affaiblissement de la compétitivité du pays.
Les inquiétudes ne se limitent pas au secteur privé. Les agences de notation Fitch et Moody’s ont abaissé leurs perspectives sur la dette souveraine indonésienne, pointant une centralisation croissante du pouvoir économique et une perte de crédibilité dans la stratégie budgétaire du gouvernement. Plusieurs analystes craignent également que la création d’un quasi-monopole public sur les exportations n’ouvre la voie à davantage de corruption et d’inefficacité administrative.
Malgré ces tensions, le gouvernement maintient des objectifs de croissance ambitieux. Jakarta vise une croissance comprise entre 5,8 % et 6,5 % d’ici 2027, tout en promettant de conserver un déficit public inférieur à 3 % du PIB. Les autorités assurent que cette reprise en main des ressources nationales permettra de mieux protéger l’économie indonésienne dans un contexte mondial instable marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations des marchés énergétiques.