Au Népal, un colloque international sur le Tibet bascule en ligne après des pressions attribuées à la Chine

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La 17e conférence de l’Association internationale pour les études tibétaines (IATS), qui devait réunir à Katmandou près de 700 universitaires et spécialistes venus d’une quarantaine de pays, a finalement été transférée en ligne après l’intervention des autorités népalaises. Prévu du 23 au 29 août 2026, cet important rendez-vous académique a échappé de peu à une annulation complète, dans un contexte de fortes tensions autour de la question tibétaine et de l’influence croissante de Pékin au Népal.

L’événement était organisé avec la participation de l’Université de Katmandou et devait permettre aux chercheurs d’échanger sur de nombreux aspects du Tibet, notamment son histoire, sa culture, ses langues, sa religion, sa société et sa géographie. L’IATS souligne que le programme ne portait pas sur une revendication politique particulière et que la conférence était avant tout destinée à la recherche universitaire.

Pourtant, le 5 août, l’Université de Katmandou a annoncé son retrait de l’organisation après avoir été sollicitée par le gouvernement népalais. Selon plusieurs responsables liés à la conférence, des représentants de l’université avaient été reçus quelques semaines auparavant par de hauts responsables gouvernementaux, accompagnés d’un représentant du ministère népalais des affaires étrangères. Ils auraient été invités à ne plus participer à l’organisation du colloque. Les autorités népalaises contestent toutefois l’existence d’une pression extérieure et affirment que la décision relevait de l’université.

L’Association internationale pour les études tibétaines a dénoncé une décision « inattendue et injustifiée », tout en décidant de maintenir la conférence sous format numérique. Pour les organisateurs et de nombreux chercheurs, ce changement constitue néanmoins un précédent préoccupant pour la liberté académique, particulièrement lorsqu’un sujet scientifique devient directement lié aux intérêts géopolitiques d’une grande puissance.

La Chine considère en effet la question du Tibet comme une affaire relevant directement de sa souveraineté. Pékin s’oppose régulièrement aux initiatives internationales susceptibles, selon elle, de remettre en cause son autorité sur la région. Les autorités chinoises associent également certaines activités liées à la promotion de la culture, de la langue ou de l’identité tibétaines à des risques de séparatisme.

Dans ce contexte, le Népal se trouve dans une position particulièrement délicate. Situé entre la Chine et l’Inde, le pays entretient des relations économiques et diplomatiques importantes avec ses deux puissants voisins. La Chine est notamment devenue un partenaire commercial majeur du Népal. Le pays accueille également plusieurs milliers de réfugiés tibétains, mais les autorités népalaises limitent fortement les manifestations politiques liées au Tibet afin de préserver leurs relations avec Pékin.

D’après des informations rapportées par The Kathmandu Post , l’ambassadeur chinois au Népal, Zhang Maoming, aurait évoqué la conférence avec le ministre népalais des affaires étrangères le 21 juillet. Il aurait demandé aux autorités népalaises de faire preuve de « vigilance », sans demander explicitement l’annulation de l’événement. Cette intervention alimente toutefois les soupçons de plusieurs universitaires, qui estiment que Pékin cherchait surtout à empêcher que le colloque ne donne lieu à des débats susceptibles de s’écarter du récit officiel chinois sur le Tibet.

La controverse intervient alors que les autorités chinoises sont accusées depuis plusieurs années d’accroître leur influence sur la manière dont le Tibet est présenté à l’étranger. Des chercheurs ont notamment dénoncé des changements de terminologie dans certaines institutions culturelles occidentales, Pékin souhaitant favoriser l’utilisation de « Xizang » à la place de « Tibet ». En 2024, cette question avait notamment provoqué des débats autour de plusieurs musées français.

La pression exercée sur les chercheurs travaillant sur le Tibet ne se limite d’ailleurs pas au Népal. En juillet 2026, une universitaire italienne ayant rencontré le dalaï-lama lors d’un déplacement de recherche en Inde a été critiquée par les autorités chinoises. Le consulat chinois de Milan lui aurait adressé une lettre dénonçant sa rencontre avec le chef spirituel tibétain, présenté par Pékin comme un « dangereux séparatiste ». Cette affaire illustre la sensibilité persistante de la Chine à toute activité internationale concernant le Tibet.

Malgré le transfert de la conférence en ligne, plusieurs centaines de chercheurs qui avaient déjà réservé leur voyage ont maintenu leur déplacement à Katmandou. Des rencontres informelles entre spécialistes du Tibet se tiennent ainsi dans la capitale népalaise, permettant aux universitaires de poursuivre leurs échanges en marge du programme officiel.

Cette affaire dépasse donc le seul cadre d’un colloque universitaire. Elle met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les petits États lorsqu’ils doivent concilier leur souveraineté, leurs intérêts économiques et leurs relations avec une grande puissance voisine. Pour le Népal, maintenir un équilibre entre Pékin et New Delhi constitue une priorité stratégique. Pour les chercheurs, le transfert de la conférence soulève parallèlement une question essentielle : jusqu’où les considérations géopolitiques peuvent-elles influencer la liberté de la recherche et les débats universitaires internationaux ?

La décision de maintenir la conférence en ligne permet finalement à l’IATS de poursuivre ses travaux, mais le déplacement de cet événement international hors des salles de l’Université de Katmandou restera un signal fort dans le débat sur l’influence chinoise, la liberté académique et la manière dont la question tibétaine est abordée à l’étranger.