Au Kenya, William Ruto veut réserver le petit commerce aux Kényans et provoque une vive controverse

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Le président kényan William Ruto a ordonné la fermeture des petits commerces exploités par des ressortissants étrangers, dans une décision qui doit commencer à être mise en œuvre à partir du lundi 7 septembre 2026. Le chef de l’État affirme vouloir protéger les commerçants kényans et leur garantir un meilleur accès aux activités de proximité, alors que la concurrence dans le secteur informel suscite depuis plusieurs années des tensions.

Cette mesure vise notamment les activités de petit commerce considérées par le gouvernement comme devant être réservées aux citoyens kényans. Les autorités ont reçu pour consigne de procéder à des contrôles afin d’identifier les commerces concernés et de faire respecter cette nouvelle orientation. William Ruto défend cette politique au nom de la protection des moyens de subsistance des Kényans, notamment ceux qui dépendent du commerce informel pour vivre.

La décision intervient dans un contexte économique et social particulièrement sensible. Une importante partie de la population kényane travaille dans l’économie informelle, tandis que le gouvernement fait face à une forte pression concernant le coût de la vie, le chômage et les difficultés économiques rencontrées par les jeunes et les travailleurs à faibles revenus. William Ruto avait notamment construit une partie de son discours politique autour de la défense des « hustlers », terme utilisé au Kenya pour désigner les personnes vivant de petits métiers et de l’économie informelle.

Cependant, l’annonce présidentielle provoque également de nombreuses critiques. Une coalition d’organisations de défense des droits humains a dénoncé une décision qu’elle considère comme « inconstitutionnelle ». Ces organisations craignent que la mesure ne favorise la discrimination à l’égard des étrangers et n’alimente des comportements xénophobes. La question est d’autant plus sensible que le Kenya constitue un important centre économique d’Afrique de l’Est, attirant depuis longtemps des commerçants et entrepreneurs issus de différents pays.

Le débat dépasse ainsi la seule question du commerce. Pour les partisans de la décision, les petits commerces doivent avant tout bénéficier aux citoyens kényans, qui doivent pouvoir accéder aux opportunités économiques dans leur propre pays. Pour ses détracteurs, en revanche, la nationalité ne devrait pas devenir un critère permettant d’exclure systématiquement des étrangers d’activités économiques lorsqu’ils respectent les règles applicables.

Cette annonce intervient également à moins d’un an de l’élection présidentielle prévue en 2027. William Ruto, élu en 2022, fait face à une impopularité importante auprès d’une partie de la population, notamment chez les jeunes et les travailleurs modestes. Le mécontentement lié au coût de la vie et au manque d’emplois reste un enjeu politique majeur.

La décision pourrait donc avoir une double portée : économique, en cherchant à redistribuer certaines opportunités du petit commerce au profit des citoyens kényans, mais aussi politique, dans un contexte où le gouvernement cherche à répondre aux préoccupations de son électorat populaire à l’approche de la prochaine présidentielle. Sa mise en œuvre sera particulièrement suivie dans les prochains jours, notamment pour déterminer l’ampleur des contrôles et leurs conséquences pour les commerçants étrangers concernés.

Au-delà du Kenya, cette affaire illustre une tendance plus large en Afrique : dans plusieurs pays, la concurrence entre commerçants locaux et étrangers alimente des débats sur l’accès aux marchés, l’immigration, l’emploi et la protection des acteurs économiques nationaux. Le défi pour les autorités kényanes sera désormais de concilier la volonté de favoriser l’entrepreneuriat local avec le respect des droits fondamentaux et l’ouverture économique du pays.