Nicaragua : le Parlement approuve une réforme constitutionnelle qui écarte l’opposition des élections

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L’Assemblée nationale du Nicaragua a approuvé à l’unanimité une réforme constitutionnelle portée par le pouvoir de Daniel Ortega et de Rosario Murillo. Le texte modifie profondément les règles électorales et renforce encore le contrôle du pouvoir exécutif sur la vie politique du pays. Il prévoit notamment d’empêcher certaines figures de l’opposition de se présenter aux élections et d’allonger la durée du mandat présidentiel.

Cette réforme intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Le Nicaragua est dirigé depuis 2007 par Daniel Ortega, ancien dirigeant de la révolution sandiniste, revenu au pouvoir après plusieurs années passées dans l’opposition. Depuis 2018, le pays connaît une importante crise politique, marquée par des manifestations contre le gouvernement, une forte répression et le départ de nombreux Nicaraguayens du pays.

La mesure la plus controversée concerne la participation de l’opposition aux élections. Le nouveau texte prévoit d’exclure de la compétition électorale les personnes considérées par les autorités comme ayant participé à des actions visant à renverser le gouvernement ou à porter atteinte à l’ordre constitutionnel. Cette formulation donne au pouvoir une marge importante pour déterminer quels opposants peuvent ou non participer à la vie électorale. Les autorités nicaraguayennes présentent cette disposition comme une mesure destinée à protéger le pays contre les tentatives de déstabilisation et l’influence étrangère.

L’enjeu est d’autant plus important que Daniel Ortega avait déjà déclaré en juillet 2026 qu’il ne souhaitait plus organiser d’élections, affirmant vouloir empêcher l’opposition de prendre le pouvoir. La réforme parlementaire transforme donc cette volonté politique en un dispositif constitutionnel qui restreint fortement la possibilité d’une alternance par les urnes.

Le texte ne se limite toutefois pas à la question de l’opposition. Il prévoit également de faire passer la durée du mandat présidentiel de six à sept ans. Cette modification permettrait au couple formé par Daniel Ortega et Rosario Murillo de rester plus longtemps à la tête du pays. Rosario Murillo, épouse d’Ortega et déjà très présente dans l’appareil d’État, occupe depuis la réforme constitutionnelle précédente une position institutionnelle centrale en tant que co-présidente.

La réforme s’inscrit ainsi dans une transformation progressive du système politique nicaraguayen. En 2024-2025, une précédente réforme constitutionnelle avait déjà renforcé les pouvoirs de l’exécutif et officialisé le système de co-présidence entre Daniel Ortega et Rosario Murillo. Le pouvoir exécutif dispose désormais d’une influence accrue sur les institutions de l’État, tandis que les contre-pouvoirs sont régulièrement accusés de perdre leur autonomie.

Sur le plan juridique, l’adoption du 1er septembre constitue un premier vote. La Constitution nicaraguayenne prévoit une procédure en deux étapes pour certaines réformes constitutionnelles : le texte doit être approuvé une nouvelle fois par une législature ultérieure. Selon Reuters, une nouvelle ratification est prévue le 18 janvier 2027. La réforme n’a donc pas encore achevé l’intégralité de son processus constitutionnel.

La décision a provoqué de nombreuses réactions internationales. Les États-Unis ont vivement dénoncé la réforme, estimant qu’elle contribue à verrouiller le pouvoir d’Ortega et de Murillo. Plusieurs pays latino-américains ont également exprimé leur inquiétude, tandis que le Panama a annoncé le retrait de son ambassadeur de Managua. Cette réaction diplomatique illustre le risque d’un nouvel isolement du Nicaragua sur la scène internationale.

Pour ses défenseurs, le texte constitue au contraire un moyen de protéger la souveraineté du Nicaragua contre les interventions étrangères et les tentatives de déstabilisation. Le gouvernement Ortega accuse régulièrement certains opposants d’être soutenus par les États-Unis et de chercher à provoquer un changement de régime. Cette justification est au cœur du discours officiel depuis plusieurs années.

Pour ses détracteurs, cependant, le problème est beaucoup plus profond : une élection ne peut être véritablement compétitive si le pouvoir en place peut déterminer à l’avance quelles forces politiques ont le droit de participer. L’exclusion de candidats d’opposition réduit mécaniquement le choix offert aux électeurs et risque de transformer les élections en une procédure sans véritable possibilité d’alternance.

La réforme représente donc un tournant majeur pour le Nicaragua. Elle ne signifie pas simplement une modification technique du calendrier électoral ou de la durée des mandats : elle touche directement au pluralisme politique, à la compétition électorale et à la possibilité d’une alternance démocratique. Si elle est définitivement ratifiée, elle pourrait consacrer une nouvelle étape dans la concentration du pouvoir autour du couple Ortega-Murillo et accentuer les tensions entre Managua, l’opposition et une partie de la communauté internationale.