Tensions sur l’approvisionnement en carburants : le terminal pétrolier de Toamasina menacé de saturation

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Une nouvelle tension se dessine dans le secteur des hydrocarbures à Madagascar. L’arrivée presque simultanée, ce mercredi 12 août 2026, de deux navires transportant des produits pétroliers au port de Toamasina met sous pression les capacités de stockage et de déchargement du terminal pétrolier. Au cœur de la situation : le Sunda One, affrété par l’État et chargé de 63 000 m³ de gasoil, et le Torm Eva, navire programmé dans le cadre du dispositif habituel d’approvisionnement des compagnies pétrolières regroupées au sein du Groupement pétrolier de Madagascar (GPM).

Cette arrivée rapprochée pourrait provoquer d’importantes difficultés logistiques, car les capacités de stockage du terminal de Toamasina auraient été réquisitionnées par l’État à la suite d’un décret pris le 4 août 2026. Le GPM estime ainsi que le Torm Eva, pourtant affrété dans le cadre de son programme d’approvisionnement, risque de ne pas pouvoir être déchargé immédiatement.

Cette situation intervient alors que l’État cherche à renforcer la disponibilité du gasoil sur le marché national. L’importation transportée par le Sunda One est présentée comme une mesure destinée à garantir la continuité, la régularité et la sécurité de l’approvisionnement du pays. Le gouvernement considère donc cette opération comme un élément important de la sécurisation des stocks de carburant. Toutefois, la décision de mobiliser les capacités du terminal intervient en parallèle d’un programme d’approvisionnement déjà planifié par les opérateurs privés, créant un problème de coordination entre les différents acteurs.

Le GPM déplore précisément l’absence de concertation préalable avec les compagnies pétrolières. Pour les opérateurs, la modification du calendrier et de l’organisation des déchargements peut perturber l’équilibre des stocks disponibles. Le groupement évoque notamment des conséquences possibles sur la disponibilité de l’essence sans plomb et du pétrole lampant, deux produits qui pourraient subir des tensions si les navires des opérateurs privés ne peuvent pas décharger leurs cargaisons dans les délais prévus.

Le problème est avant tout logistique, mais ses conséquences pourraient rapidement devenir économiques. Le terminal pétrolier de Toamasina constitue un point stratégique de la chaîne d’approvisionnement nationale, puisque les carburants importés doivent y être réceptionnés avant d’être acheminés vers les différents dépôts et réseaux de distribution du pays. Lorsque plusieurs navires doivent être traités dans un intervalle rapproché, la capacité de stockage devient donc un facteur déterminant pour éviter les retards et les perturbations.

Le premier risque identifié par les opérateurs concerne les surestaries. Si un navire ne peut pas être déchargé dans les délais prévus, il peut rester immobilisé au port, ce qui entraîne des frais supplémentaires facturés par l’armateur. Ces coûts logistiques peuvent ensuite peser sur le coût global de l’approvisionnement en produits pétroliers. Le GPM avertit ainsi que l’atteinte de la capacité maximale disponible pourrait générer des charges financières supplémentaires et compliquer davantage la gestion des importations.

Le deuxième risque concerne directement la distribution nationale. La priorité donnée au déchargement du gasoil importé par l’État pourrait repousser celui des produits commandés par les compagnies pétrolières. Cette situation pourrait progressivement créer des tensions sur certains produits, en particulier l’essence sans plomb et le pétrole lampant. Le risque ne signifie pas automatiquement une pénurie, mais il souligne la vulnérabilité d’un système dans lequel un engorgement au niveau du principal point d’entrée peut avoir des répercussions sur l’ensemble de la chaîne.

Au-delà de l’épisode actuel, cette affaire met en évidence une question plus structurelle : la capacité des infrastructures pétrolières malgaches à absorber plusieurs opérations d’importation importantes sans perturber les programmes d’approvisionnement existants. Lorsque les capacités de stockage sont limitées, la synchronisation des arrivées des navires, la disponibilité des réservoirs et l’organisation des déchargements deviennent essentielles à la stabilité du marché.

Pour le GPM, une meilleure coordination entre l’État, les compagnies pétrolières et les différents intervenants du secteur aurait permis d’anticiper ces difficultés. Le groupement estime qu’une concertation préalable aurait donné la possibilité d’identifier des solutions permettant à la fois de réceptionner l’importation de l’État et de préserver les opérations déjà programmées par les opérateurs privés.

Les compagnies pétrolières affirment néanmoins rester mobilisées afin de contribuer à la continuité de l’approvisionnement du marché. Elles préviennent toutefois qu’elles ne pourraient être tenues responsables des éventuelles conséquences liées à des décisions modifiant unilatéralement un dispositif d’approvisionnement préalablement établi. Cette prise de position traduit la volonté des opérateurs de rappeler que la sécurité énergétique repose non seulement sur la disponibilité des produits, mais également sur une organisation logistique prévisible et coordonnée.

L’enjeu dépasse donc la seule gestion de deux navires à Toamasina. Il concerne la sécurité énergétique du pays, la maîtrise des coûts d’importation et la capacité à maintenir une distribution régulière des carburants sur l’ensemble du territoire. Une immobilisation prolongée des navires, des frais de surestaries ou un décalage dans les opérations de déchargement pourraient, s’ils se prolongeaient, exercer une pression supplémentaire sur la chaîne d’approvisionnement.

La situation observée le 12 août constitue ainsi un signal d’alerte pour le secteur pétrolier malgache. Alors que l’État tente de sécuriser ses réserves de gasoil grâce à une importation de 63 000 m³, les opérateurs privés redoutent que la mobilisation des capacités du terminal ne désorganise leurs propres programmes d’approvisionnement. La priorité immédiate sera donc de trouver un équilibre entre l’approvisionnement stratégique décidé par l’État et la continuité des opérations commerciales des compagnies pétrolières, afin d’éviter qu’une contrainte logistique à Toamasina ne se transforme en problème de distribution à l’échelle nationale.