Protection sociale : une nouvelle stratégie double le nombre de sans-abri accueillis au centre d’Isotry

Le ministère de la Population et de la Solidarité (MPS) enregistre des résultats encourageants dans sa politique de prise en charge des personnes sans domicile fixe à Antananarivo. Grâce à une nouvelle approche privilégiant le dialogue, l’écoute et l’adhésion volontaire, le nombre de sans-abri accueillis au centre Madcap d’Isotry est passé d’environ 200 à plus de 460 personnes chaque nuit, soit plus du double en quelques semaines. Cette évolution marque un changement important dans la manière dont les autorités malgaches abordent la lutte contre l’exclusion sociale.

Depuis le mois de juin, les équipes du ministère ont abandonné la méthode consistant à conduire systématiquement les personnes vivant dans la rue vers les centres d’accueil. Désormais, les interventions nocturnes reposent principalement sur des échanges avec les sans-abri afin de leur expliquer les services disponibles, les conditions d’hébergement et les perspectives de réinsertion. Cette démarche vise à instaurer une relation de confiance et à favoriser une intégration volontaire, jugée plus durable et plus respectueuse des droits des bénéficiaires. Selon les autorités, les premiers résultats obtenus un mois après le lancement de cette stratégie sont particulièrement positifs.

Le directeur régional de la Population et de la Solidarité (DRPS) Analamanga, Dina Michel Ramananirina, souligne que cette augmentation de la fréquentation traduit une meilleure acceptation des structures d’accueil par les personnes concernées. Le centre Madcap accueille désormais quotidiennement plus de 460 personnes, un chiffre qui témoigne de l’efficacité des campagnes de sensibilisation menées sur le terrain auprès des populations les plus vulnérables.

Cette hausse des admissions a toutefois nécessité une réorganisation du dispositif d’accueil. Pour éviter la saturation des infrastructures, une partie des bénéficiaires est progressivement transférée vers le centre Seba, également situé à Isotry. Plus de 150 personnes sans-abri, représentant une quarantaine de ménages sélectionnés selon des critères de comportement, d’hygiène et de civisme, y ont récemment été installées. Ce transfert permet de libérer des places au centre Madcap afin d’accueillir de nouveaux bénéficiaires tout en offrant un accompagnement plus personnalisé aux familles déjà prises en charge.

Le centre Seba ne se limite pas à fournir un hébergement temporaire. Il met également en place un véritable programme de réinsertion sociale destiné à favoriser l’autonomie des résidents. Les familles bénéficient de matelas, de literie, d’équipements de première nécessité ainsi que d’un suivi social. Les enfants participent à des activités éducatives et récréatives, tandis que les adultes suivent des formations aux compétences de la vie quotidienne et sont accompagnés vers des opportunités d’emploi ou des activités génératrices de revenus. L’objectif est de permettre aux bénéficiaires de reconstruire progressivement une vie stable et indépendante.

Les autorités précisent néanmoins que la vie au sein du centre Seba est encadrée par un règlement strict. La consommation d’alcool, les violences, les vols ainsi que le non-respect du couvre-feu fixé à 21 heures sont interdits. Les personnes qui enfreignent ces règles peuvent être renvoyées vers leur ancien centre d’hébergement. Cette discipline est considérée comme un élément essentiel du processus de réinsertion et de la vie collective.

La capacité d’accueil des centres évolue également en fonction des saisons. Pendant la période des pluies, les structures affichent généralement complet en raison des conditions de vie particulièrement difficiles dans la rue. À l’inverse, durant l’hiver, certains bénéficiaires retournent temporairement dans leurs villages pour participer à des cérémonies familiales traditionnelles, telles que le famadihana ou les cérémonies de circoncision, ou encore pour prendre part à des activités agricoles, ce qui entraîne une légère baisse de la fréquentation des centres.

À travers cette nouvelle stratégie, le gouvernement malgache cherche à dépasser la simple assistance d’urgence pour construire une politique de protection sociale davantage axée sur l’inclusion. En privilégiant le consentement des bénéficiaires, l’accompagnement individualisé et les perspectives d’autonomie, les autorités espèrent réduire durablement le nombre de personnes vivant dans la rue à Antananarivo et favoriser leur réintégration au sein de la société. Cette approche illustre une évolution des politiques sociales vers des solutions plus humaines, participatives et orientées vers le long terme.