En marge du Sommet Africa Forward organisé à Nairobi cette semaine, la question de la représentation africaine au Conseil de sécurité des Nations unies s’est imposée comme l’un des principaux sujets diplomatiques du rendez-vous continental. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a réaffirmé avec fermeté la volonté de l’Afrique d’obtenir deux sièges permanents au sein de l’organe décisionnel le plus stratégique de l’ONU.
Pour les dirigeants africains, cette revendication vise à corriger un déséquilibre historique dans la gouvernance mondiale. Malgré ses 54 États membres, son poids démographique et son implication croissante dans les opérations de maintien de la paix, le continent africain ne dispose toujours d’aucun siège permanent doté du droit de veto au Conseil de sécurité. Aujourd’hui, seuls les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni occupent ces positions permanentes héritées de l’après-Seconde Guerre mondiale.
Lors de cette réunion ministérielle consacrée à la réforme des Nations unies, Mahmoud Ali Youssouf a déclaré que l’Afrique “n’exige pas une faveur mais la correction d’une injustice historique”. Cette position s’inscrit dans une demande ancienne portée par l’Union africaine, qui considère que l’architecture actuelle du Conseil de sécurité ne reflète plus les réalités géopolitiques du XXIe siècle.
La France a, de son côté, réaffirmé son soutien à un élargissement du Conseil de sécurité incluant deux membres permanents africains. Le porte-parole du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, a rappelé que Paris soutient également l’initiative franco-mexicaine visant à limiter volontairement l’usage du droit de veto en cas de crimes de masse, de génocides ou de crimes contre l’humanité. Plus d’une centaine de pays auraient déjà adhéré à cette proposition diplomatique.
Cette réforme reste néanmoins complexe à mettre en œuvre. Toute modification de la composition du Conseil de sécurité nécessite une révision de la Charte des Nations unies ainsi que l’accord des cinq membres permanents actuels. Plusieurs puissances régionales africaines, dont l’Afrique du Sud, le Nigeria ou encore l’Égypte, sont régulièrement citées parmi les candidats potentiels à ces futurs sièges permanents, même si aucun consensus officiel n’existe encore sur leur attribution.
Le débat relancé au Sommet Africa Forward témoigne toutefois d’une volonté africaine de peser davantage dans les décisions internationales liées à la paix, à la sécurité et à la gouvernance mondiale. Dans un contexte marqué par les crises sécuritaires au Sahel, les tensions géopolitiques mondiales et la multiplication des conflits régionaux, plusieurs dirigeants africains estiment que l’absence du continent parmi les membres permanents du Conseil de sécurité devient de plus en plus difficile à justifier.