Présentée comme un moteur de transformation économique pour l’une des régions les plus pauvres du Brésil, la « vallée du lithium » du nord-est de l’État du Minas Gerais peine à tenir ses promesses. Deux ans après le lancement officiel de ce projet ambitieux, les habitants de la vallée du Jequitinhonha constatent que l’essor de l’« or blanc » profite surtout aux entreprises minières, tandis que la pauvreté locale demeure et que les nuisances se multiplient.
En 2023, les autorités brésiliennes avaient mis en avant une vision industrielle ambitieuse : faire de cette région historiquement marginalisée un pôle technologique autour de la fabrication de batteries et de produits à forte valeur ajoutée. Le gouvernement régional promettait investissements, emplois qualifiés et développement territorial grâce à des incitations fiscales et un meilleur accès au crédit pour les investisseurs.
Mais sur le terrain, la réalité apparaît bien plus contrastée. Selon les données relayées par Le Monde, la production brésilienne de lithium a progressé de 71 % entre 2023 et 2024, portée notamment par l’entreprise minière Sigma, qui représente désormais environ 70 % de la production nationale. Le Brésil compte aujourd’hui pour près de 10 % de la production mondiale de lithium. Malgré ces chiffres impressionnants, la richesse générée ne semble pas irriguer durablement l’économie locale.
Les habitants de plusieurs villages dénoncent une flambée du coût de la vie, en particulier des loyers, conséquence de l’arrivée de travailleurs extérieurs liés à l’activité minière. Dans certaines localités, les infrastructures restent insuffisantes pour absorber cette pression démographique soudaine. Les services publics, déjà fragiles, peinent à suivre.
À cela s’ajoutent des préoccupations environnementales et sociales croissantes. Des riverains rapportent des fissures sur leurs maisons, liées selon eux aux vibrations des activités extractives, ainsi que des craintes concernant la pollution et la gestion de l’eau. Pour de nombreuses familles rurales, les promesses de prospérité se heurtent désormais à un sentiment d’abandon et d’injustice.
Des économistes et chercheurs interrogés estiment que la région reproduit un schéma économique ancien : exporter des matières premières brutes sans développer localement les chaînes de valeur industrielles. Autrement dit, le lithium quitte la région sous forme de concentré minier, tandis que la fabrication de batteries, la recherche avancée et les profits les plus importants se réalisent ailleurs.
Cette situation relance un débat majeur au Brésil et dans d’autres pays riches en ressources naturelles : comment éviter la « malédiction des matières premières » ? Le lithium est aujourd’hui stratégique pour la transition énergétique mondiale, en raison de son rôle central dans les batteries pour véhicules électriques et le stockage d’énergie. Pourtant, sans politiques industrielles solides, redistribution locale et protections environnementales strictes, l’exploitation de ce métal peut reproduire les inégalités historiques plutôt que les corriger.
Pour la vallée du Jequitinhonha, l’enjeu dépasse donc la seule production minière. Il s’agit désormais de savoir si cette ruée vers le lithium peut encore devenir un véritable projet de développement humain, ou si elle restera un nouvel épisode d’extraction de richesses sans bénéfice durable pour les populations locales.