La SADC conclut sa mission d’urgence à Madagascar après le passage du cyclone Gezani : bilan, coordination régionale et enjeux de reconstruction

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a officiellement mis fin, au déploiement de son équipe régionale d’intervention d’urgence (Emergency Response Team – ERT) à Madagascar, marquant la clôture de la première phase de réponse au passage du cyclone tropical Cyclone Gezani. Cette mission, conduite en appui aux autorités nationales, illustre à la fois la gravité des impacts subis par la Grande Île et le rôle croissant des mécanismes régionaux africains dans la gestion coordonnée des catastrophes.

Le cyclone Gezani a frappé la côte est de Madagascar le 10 février 2026, après s’être intensifié dans l’océan Indien. Les vents violents, les précipitations abondantes et les ondes de tempête ont provoqué des inondations majeures et des glissements de terrain, touchant au moins 18 districts répartis sur cinq régions. Selon les données communiquées par la SADC, plus de 400 000 personnes ont été affectées, avec 62 décès confirmés, 15 disparus et plus de 800 blessés. Au-delà du bilan humain, les dégâts matériels sont considérables : habitations détruites, infrastructures routières endommagées, réseaux d’eau et d’électricité perturbés, établissements scolaires et centres de santé partiellement ou totalement hors service.

Face à l’ampleur des destructions, le gouvernement malgache a activé son dispositif national de gestion des risques et catastrophes à travers le Bureau National de Gestion des Risques et des Catastrophes (BNGRC). L’intégration officielle de l’ERT de la SADC dans ce mécanisme, le 18 février, a permis de renforcer les capacités d’évaluation rapide, de coordination opérationnelle et d’appui technique. L’intervention régionale ne s’est pas limitée à l’assistance immédiate : elle a également porté sur l’analyse des besoins multisectoriels et la formulation de recommandations pour la phase post-urgence.

L’appui de la SADC s’inscrit dans une logique de solidarité régionale structurée. En mobilisant des experts en recherche et sauvetage, en logistique, en gestion de l’information et en coordination humanitaire, l’organisation a démontré sa capacité à intervenir rapidement au sein de ses États membres. Cette approche collective réduit la dépendance exclusive aux partenaires extra-africains et consolide les mécanismes africains de réponse aux crises climatiques, dont la fréquence et l’intensité tendent à augmenter dans l’océan Indien.

La mission a également bénéficié d’un appui technique et logistique de partenaires internationaux, notamment le Programme alimentaire mondial (PAM/WFP), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et l’équipe UNDAC (United Nations Disaster Assessment and Coordination). Cette coordination multi-acteurs a permis d’optimiser la circulation de l’information, d’éviter les doublons et de prioriser les zones les plus vulnérables, notamment en matière d’accès à l’eau potable, de sécurité alimentaire et de rétablissement des services essentiels.

Sur le plan stratégique, la fin du déploiement de l’ERT ne marque pas la fin des besoins. Elle ouvre plutôt une nouvelle étape : celle de la reconstruction et du renforcement de la résilience. Les secteurs prioritaires identifiés comprennent l’eau, l’hygiène et l’assainissement (WASH), la réhabilitation des infrastructures critiques, la relance des moyens de subsistance et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement alimentaire. Dans un contexte où Madagascar est régulièrement exposé aux chocs climatiques, la reconstruction ne pourra se limiter à une remise en état à l’identique ; elle devra intégrer des normes de construction plus résistantes, une planification territoriale adaptée aux risques et un investissement accru dans les systèmes d’alerte précoce.

L’épisode Gezani met en lumière un double défi pour Madagascar : répondre à l’urgence humanitaire tout en s’attaquant aux vulnérabilités structurelles. La concentration des populations dans des zones exposées, la fragilité des infrastructures et les contraintes budgétaires limitent la capacité d’absorption des chocs. Dans ce contexte, la coopération régionale portée par la SADC apparaît comme un levier essentiel, mais elle devra s’accompagner d’un soutien financier soutenu et d’une stratégie nationale de résilience climatique à moyen et long terme.

En concluant sa mission, la SADC a réaffirmé son engagement envers Madagascar. Toutefois, la réussite de la phase suivante dépendra de la mobilisation coordonnée des ressources nationales, régionales et internationales. Le cyclone Gezani, au-delà de son impact immédiat, rappelle que la gestion des catastrophes dans l’océan Indien n’est plus seulement une question d’intervention ponctuelle, mais un enjeu structurel de développement, de gouvernance et de sécurité humaine.