L’Arabie saoudite et l’Égypte appellent à préserver la liberté de navigation en mer Rouge après la prise de Bab Al-Mandab par les houthistes

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La situation en mer Rouge connaît une nouvelle escalade avec la progression des houthistes au Yémen et leur prise de contrôle de zones stratégiques autour du détroit de Bab Al-Mandab. Face à cette évolution, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi ont insisté, le 15 septembre 2026, sur la nécessité de garantir la liberté et la sécurité de la navigation dans le détroit de Bab Al-Mandab et en mer Rouge. Leur position traduit une inquiétude croissante face aux conséquences sécuritaires et économiques d’une perturbation durable de cette voie maritime.

La rencontre entre les deux dirigeants intervient alors que les houthistes, mouvement armé yéménite soutenu par l’Iran, ont consolidé leur présence sur la côte occidentale du Yémen. La prise de Mokha ainsi que de plusieurs îles stratégiques de la mer Rouge leur permet désormais de renforcer leur capacité à exercer une pression sur les navires qui empruntent cette zone. Le détroit de Bab Al-Mandab constitue un passage maritime particulièrement sensible puisqu’il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et, au-delà, à l’océan Indien. Sa position en fait l’un des principaux points de passage entre les routes commerciales européennes, asiatiques, africaines et moyen-orientales. 

Pour l’Égypte, l’enjeu est particulièrement important. Une dégradation de la sécurité en mer Rouge risque de réduire davantage le trafic maritime passant par le canal de Suez, principale voie reliant la Méditerranée à l’océan Indien. Le maintien d’une circulation régulière dans cette zone représente donc un intérêt économique majeur pour Le Caire, mais également pour l’ensemble du commerce international. Les perturbations du trafic maritime peuvent en effet contraindre les compagnies à emprunter des itinéraires plus longs autour du cap de Bonne-Espérance, avec des conséquences sur les délais de livraison et les coûts du transport.

L’Arabie saoudite se trouve, de son côté, directement exposée à cette nouvelle situation. Riyad fait face à une multiplication des menaces contre ses infrastructures et son territoire alors que les tensions régionales s’intensifient. Les attaques et les risques pesant sur les différentes voies d’exportation d’hydrocarbures compliquent également la capacité du royaume à maintenir des flux énergétiques réguliers vers les marchés internationaux. La situation est d’autant plus préoccupante que d’autres infrastructures pétrolières saoudiennes ont récemment été affectées par des attaques, renforçant les inquiétudes concernant l’approvisionnement mondial en énergie.

La position commune de Riyad et du Caire dépasse donc la seule question de la sécurité maritime. Elle concerne directement la stabilité économique de la région et la continuité des échanges internationaux. Le détroit de Bab Al-Mandab constitue un véritable goulet d’étranglement stratégique : une perturbation importante du trafic à cet endroit peut avoir des répercussions bien au-delà du Moyen-Orient, notamment sur les prix du pétrole, les coûts du transport maritime et l’approvisionnement de nombreux pays. Le contrôle exercé par les houthistes sur des positions proches du détroit accroît ainsi la pression sur les acteurs régionaux et internationaux.

Lors de leurs discussions, Mohammed ben Salmane et Abdel Fattah Al-Sissi ont également abordé la situation au Yémen. Le président égyptien a réaffirmé son soutien à l’Arabie saoudite ainsi qu’aux efforts visant à préserver sa sécurité et sa stabilité. Il a également soutenu la recherche d’une solution politique globale et durable au conflit yéménite, signe que Le Caire privilégie parallèlement une sortie politique à l’escalade militaire.

Cette évolution intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. La sécurité de Bab Al-Mandab est désormais liée à plusieurs crises qui se superposent : la guerre au Yémen, les tensions entre l’Iran et ses adversaires régionaux, les attaques contre les infrastructures énergétiques et les difficultés rencontrées par le transport maritime dans plusieurs zones stratégiques du Moyen-Orient. La situation autour du détroit de Bab Al-Mandab s’ajoute notamment aux inquiétudes concernant le détroit d’Ormuz, autre passage essentiel pour le commerce énergétique mondial.

Pour les compagnies maritimes, l’incertitude représente un problème majeur. Les risques liés au passage dans une zone fortement militarisée peuvent conduire les transporteurs à modifier leurs itinéraires. Un détour par le sud de l’Afrique permettrait d’éviter certaines zones à risque, mais rallongerait considérablement les trajets entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Cette augmentation des distances se traduit par une hausse potentielle des dépenses en carburant, des coûts logistiques et des délais de livraison.

Les conséquences pourraient également se faire sentir sur les marchés de l’énergie. La combinaison des tensions autour de Bab Al-Mandab avec les perturbations affectant d’autres infrastructures pétrolières crée une situation particulièrement fragile pour les approvisionnements internationaux. Les marchés ont déjà réagi à ces inquiétudes par une hausse des prix du pétrole, tandis que les analystes redoutent que la prolongation des perturbations entraîne davantage de tensions sur les prix des carburants et des marchandises.  

Au-delà des considérations économiques, la prise de contrôle de positions stratégiques autour de Bab Al-Mandab constitue un changement important dans l’équilibre sécuritaire de la mer Rouge. Les houthistes disposent désormais d’un moyen supplémentaire de faire pression sur leurs adversaires et de perturber potentiellement les échanges maritimes. Cette évolution pousse l’Arabie saoudite et l’Égypte à renforcer leur coordination, alors que plusieurs puissances internationales suivent avec inquiétude l’évolution de la situation.

La priorité affichée par Riyad et Le Caire est donc de maintenir ouvertes les routes maritimes et d’empêcher que la mer Rouge ne devienne durablement une zone de confrontation bloquant une partie importante du commerce mondial. Mais la capacité à atteindre cet objectif dépendra largement de l’évolution du conflit yéménite et des tensions régionales. Pour l’instant, l’appel des deux dirigeants à garantir la liberté et la sécurité de la navigation constitue surtout un avertissement : la stabilité du détroit de Bab Al-Mandab est devenue un enjeu majeur pour la sécurité du Moyen-Orient, les exportations énergétiques et le commerce international.