L’Ukraine a officiellement informé l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) qu’elle considère désormais l’espace aérien russe comme de plus en plus dangereux pour l’aviation civile, dans un contexte d’intensification des opérations militaires et des frappes de drones liées à la guerre. Cette démarche intervient après une mise en garde du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui avait appelé les compagnies aériennes, les assureurs et les opérateurs d’aéroports à prendre en compte les risques croissants liés à la présence de drones au-dessus du territoire russe.
Selon Kyiv, l’augmentation des opérations de drones ukrainiens à longue portée en Russie, combinée aux activités militaires et aux systèmes de défense antiaérienne, crée un environnement particulièrement préoccupant pour les appareils civils. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a déclaré que l’Ukraine avait officiellement notifié l’OACI et appelé les acteurs de l’aviation internationale à éviter l’espace aérien russe. Kyiv estime que les risques doivent être davantage pris en compte alors que la guerre s’étend régulièrement à des zones situées loin de la ligne de front.
Cette alerte intervient alors que l’Ukraine intensifie ses frappes de drones contre des infrastructures militaires et énergétiques situées en profondeur sur le territoire russe, en réponse aux bombardements russes visant notamment Kyiv et d’autres villes ukrainiennes. Volodymyr Zelensky a toutefois affirmé que l’Ukraine ne cherchait pas à prendre pour cible les avions civils. Le problème soulevé par Kyiv concerne plutôt le risque créé par la multiplication des drones, les interceptions et les opérations de défense aérienne dans des zones où circulent encore des appareils commerciaux.
La question est d’autant plus sensible que plusieurs compagnies occidentales ont déjà cessé de survoler la Russie depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022. Toutefois, certaines compagnies aériennes de pays comme la Chine, la Turquie, les Émirats arabes unis et d’autres États du Golfe continuent d’utiliser des itinéraires traversant l’espace aérien russe. Une éventuelle réduction supplémentaire de ces vols pourrait donc modifier certaines liaisons internationales entre l’Europe et l’Asie et entraîner des changements d’itinéraires, des temps de trajet plus longs et des coûts supplémentaires pour les transporteurs.
L’appel ukrainien intervient également dans un contexte marqué par de précédents accidents et incidents ayant renforcé les inquiétudes concernant l’aviation civile dans les zones affectées par la guerre. Kyiv estime notamment que les autorités russes doivent fournir des informations suffisantes sur les risques et prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les vols commerciaux. Pour l’Ukraine, la multiplication des drones et des opérations de défense aérienne rend de plus en plus difficile la garantie d’un environnement suffisamment sûr pour les avions de ligne.
Moscou rejette cependant cette lecture de la situation. Le ministre russe des Transports, Andreï Nikitine, a assuré que les autorités renforçaient constamment les mesures de sécurité aérienne et la protection des aéroports en coordination avec les structures militaires et de sécurité. La Russie entend ainsi maintenir le fonctionnement de son aviation civile malgré les perturbations provoquées par les attaques de drones et les restrictions temporaires imposées dans certains aéroports.
La notification adressée à l’OACI ne signifie pas, à elle seule, la fermeture automatique de l’espace aérien russe. Elle vise surtout à attirer l’attention de l’organisation internationale, des compagnies aériennes, des assureurs et des autorités nationales sur l’évolution du niveau de risque. La décision de maintenir ou non des vols au-dessus de la Russie dépend ensuite des évaluations de sécurité, des autorités compétentes et des politiques propres à chaque transporteur.
Cette nouvelle alerte illustre ainsi l’élargissement des conséquences de la guerre russo-ukrainienne au secteur de l’aviation internationale. Alors que les attaques de drones deviennent capables d’atteindre des régions éloignées du front, la sécurité des corridors aériens russes constitue désormais un enjeu qui dépasse directement le cadre militaire. Pour Kyiv, l’objectif est de convaincre la communauté aéronautique internationale de réduire son exposition à ces risques ; pour Moscou, il s’agit au contraire de garantir la continuité de son trafic aérien et de démontrer que ses infrastructures restent opérationnelles malgré l’intensification des hostilités.