La friperie, largement consommée à Madagascar pour son accessibilité et son rôle dans l’habillement de nombreuses familles, pourrait connaître une hausse de ses coûts avec l’instauration d’un nouveau prélèvement fiscal. Selon le projet de loi de finances rectificative (PLFR), les vêtements de seconde main importés seraient désormais soumis à un droit d’accise fixé à 10 %. Cette mesure vise notamment à renforcer les recettes publiques, mais elle suscite déjà des interrogations sur ses conséquences économiques et sociales.
Le droit d’accise est une taxe indirecte appliquée sur certains produits importés ou consommés sur le territoire. Pour les friperies, cette nouvelle taxation viendrait s’ajouter aux autres frais déjà supportés par les importateurs, notamment les droits de douane et les différentes taxes liées aux opérations d’importation. L’objectif affiché par les autorités serait d’élargir l’assiette fiscale et d’augmenter les ressources de l’État dans un contexte où les finances publiques restent sous pression.
Cette décision intervient alors que le marché de la friperie occupe une place importante dans l’économie malgache. Les données de la Direction générale des Douanes montrent une progression significative des importations de vêtements de seconde main ces dernières années. En 2024, environ 61 100 tonnes de friperies ont été importées et mises à la consommation à Madagascar, pour une valeur CAF estimée à 395,3 milliards d’ariary, soit une hausse par rapport à 2023.
Cette croissance traduit l’importance de ce secteur auprès des consommateurs. Dans un contexte marqué par la baisse du pouvoir d’achat et la recherche de produits moins coûteux, la friperie représente une alternative économique aux vêtements neufs. Elle constitue également une source de revenus pour de nombreux commerçants, revendeurs sur les marchés, boutiques spécialisées et vendeurs en ligne.
Cependant, l’application d’un droit d’accise de 10 % pourrait entraîner une augmentation du prix final des articles vendus aux consommateurs. Les importateurs et commerçants pourraient être contraints de répercuter cette nouvelle charge fiscale sur leurs prix afin de préserver leurs marges. Une telle hausse pourrait affecter principalement les ménages qui dépendent de la friperie comme solution d’habillement abordable.
Au-delà de l’impact sur les consommateurs, les professionnels du secteur pourraient également être confrontés à de nouvelles difficultés. Beaucoup d’acteurs de la friperie évoluent dans un environnement où les marges commerciales sont déjà limitées. Une augmentation des coûts d’importation pourrait réduire leur capacité à maintenir des prix compétitifs ou pousser certains vendeurs à revoir leurs activités.
Pour les autorités, cette mesure pourrait toutefois répondre à plusieurs objectifs : mieux encadrer un secteur en forte croissance, générer davantage de recettes fiscales et éventuellement favoriser la consommation de produits textiles fabriqués localement. La question reste de savoir si cette taxation permettra réellement d’atteindre ces objectifs sans fragiliser un marché devenu essentiel pour une partie importante de la population.
La friperie représente en effet un secteur économique particulier : elle combine une activité commerciale dynamique, un accès à des vêtements abordables pour les consommateurs et une source de revenus pour de nombreux petits entrepreneurs. En 2024 déjà, les importations avaient enregistré une progression notable, confirmant le poids de cette activité dans le commerce national.
L’entrée en vigueur de cette nouvelle fiscalité devrait donc être suivie de près par les acteurs économiques. Entre la nécessité pour l’État de mobiliser davantage de ressources et la volonté de préserver l’accessibilité des produits de première nécessité, le gouvernement devra trouver un équilibre afin que cette réforme fiscale ne pénalise pas excessivement les consommateurs ni les petits commerçants.