Le FMI alerte sur la faiblesse institutionnelle du Trésor dans la gestion des participations de l’État à Madagascar

Le Fonds monétaire international (FMI) tire la sonnette d’alarme sur les limites institutionnelles du Trésor malgache dans la gestion des entreprises à participation publique. L’institution financière internationale estime que la Direction générale du Trésor et la Direction générale du Budget et des Finances ne disposent pas encore des capacités techniques suffisantes pour assurer un contrôle stratégique efficace des sociétés d’État, pourtant essentielles à l’économie nationale.

Selon le FMI, cette faiblesse institutionnelle empêche notamment l’État de peser réellement dans les décisions de gestion des grandes entreprises publiques comme Jirama ou Madagascar Airlines. Le rapport souligne que les équipes du Trésor manquent d’expertise interne pour analyser la situation financière et les enjeux stratégiques de ces sociétés, alors même qu’elles représentent des risques budgétaires importants pour les finances publiques.

Cette situation est particulièrement préoccupante dans le cas de la Jirama, régulièrement confrontée à des difficultés financières, à des problèmes de gouvernance et à des accusations de corruption. Le FMI considère que l’absence de capacité technique solide au sein de l’administration réduit fortement la possibilité pour l’État d’imposer des réformes structurelles ou d’améliorer le pilotage des entreprises publiques. Même si la Direction générale du Trésor a été chargée en 2025 de coordonner les travaux sur le plan d’apurement des arriérés de la Jirama, l’institution de Bretton Woods estime que cette mission reste difficile à mener sans renforcement des compétences et des outils de supervision.

Le rapport note toutefois plusieurs avancées engagées par les autorités malgaches. Le Trésor a commencé à structurer sa fonction de supervision grâce à différents outils, dont un document-cadre sur la gestion du portefeuille public, un guide destiné aux administrateurs représentant l’État ainsi qu’un rapport annuel consolidé des entreprises publiques. Le recours à des instruments d’analyse modernes, comme le “SOE Health Check Tool”, témoigne également d’une volonté de professionnaliser le suivi financier des sociétés détenues par l’État.

Pour le FMI, la priorité est désormais de renforcer la transparence et la gouvernance des entreprises publiques. L’institution recommande notamment la publication systématique des états financiers certifiés des sociétés à participation majoritaire de l’État afin d’améliorer la qualité de l’information financière et de limiter les risques de dérives budgétaires. Le ministère de l’Économie et des Finances est aussi invité à créer une capacité de suivi spécialisée pour les entreprises présentant des enjeux majeurs pour les finances publiques.

Les entreprises publiques occupent une place stratégique dans l’économie malgache. Elles représenteraient environ 3,28 % du PIB national et couvrent des secteurs essentiels comme l’énergie, les transports ou encore les services financiers. Sur les 51 sociétés à participation publique recensées, 71 % des investissements de l’État sont concentrés dans ces secteurs clés.

Cette mise en garde intervient dans un contexte où Madagascar poursuit plusieurs réformes économiques soutenues par le FMI et d’autres partenaires internationaux. Les institutions financières internationales insistent depuis plusieurs années sur la nécessité d’améliorer la gouvernance publique, de renforcer la transparence budgétaire et de réduire les risques liés aux entreprises publiques déficitaires. Le FMI considère que ces réformes sont indispensables pour sécuriser la trajectoire budgétaire du pays, attirer davantage d’investissements et renforcer la confiance des bailleurs internationaux.