Dix ans après les Panama Papers, Oxfam dénonce la persistance d’un système offshore au service des ultrariches

Dix ans après le scandale mondial des « Panama Papers », l’ONG Oxfam alerte sur la persistance de l’évasion fiscale à grande échelle, malgré les réformes engagées depuis 2016. Cette fuite massive de documents, révélée à l’époque, avait exposé l’utilisation de sociétés offshore par des élites politiques, économiques et financières pour dissimuler leurs richesses et échapper à l’impôt, déclenchant une onde de choc mondiale.

Selon une analyse publiée à l’occasion de cet anniversaire, les ultrariches continuent aujourd’hui d’exploiter ces mécanismes. Oxfam estime qu’environ 3 550 milliards de dollars de richesses restent cachés dans des paradis fiscaux, une somme colossale dont près de 80 % serait détenue par seulement 0,1 % de la population mondiale. Cette concentration extrême signifie que ces actifs non imposés dépassent la richesse cumulée de la moitié la plus pauvre de l’humanité, accentuant fortement les inégalités mondiales.

Malgré certaines avancées depuis 2016, comme l’échange automatique d’informations bancaires entre pays et un renforcement des cadres juridiques, ces mesures restent insuffisantes pour enrayer totalement le phénomène. Une partie des flux financiers continue de transiter légalement vers des juridictions à fiscalité avantageuse, profitant de failles réglementaires et d’un manque de coordination internationale.

Oxfam critique notamment l’inefficacité des dispositifs actuels face à des stratégies d’optimisation fiscale de plus en plus sophistiquées, incluant l’usage de sociétés écrans, de montages financiers complexes et de nouveaux supports comme l’immobilier ou certains actifs numériques. L’organisation appelle à des réformes structurelles, notamment la mise en place d’un impôt mondial sur la fortune, la création d’un registre international des actifs financiers et une meilleure inclusion des pays du Sud dans les mécanismes de transparence fiscale.

Dix ans après les révélations des Panama Papers, le constat reste donc mitigé : si la lutte contre l’évasion fiscale a progressé et permis de récupérer des milliards d’euros pour les États, elle se heurte encore à la puissance des grandes fortunes et à la complexité du système financier mondial. Pour Oxfam, sans une coopération internationale renforcée et des mesures plus contraignantes, les inégalités risquent de continuer à se creuser, au détriment des finances publiques et des services essentiels dans de nombreux pays.