Le Ghana a franchi une étape majeure sur la scène internationale en appelant l’Organisation des Nations unies à reconnaître officiellement la traite transatlantique des esclaves comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Portée devant l’Assemblée générale, cette initiative s’inscrit dans une dynamique politique et mémorielle visant à replacer l’esclavage au cœur des débats mondiaux sur la justice historique et les réparations.
Soutenue par l’Union africaine ainsi que par plusieurs pays des Caraïbes, la résolution met en avant l’ampleur exceptionnelle de ce phénomène historique : entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques, dans un système marqué par une violence systémique, durable et structurante pour l’économie mondiale.
Pour Accra, il ne s’agit pas d’établir une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité, mais de reconnaître le caractère unique de la traite négrière, notamment par son impact profond et persistant sur les inégalités économiques, sociales et raciales actuelles. Les autorités ghanéennes insistent sur le fait que cette reconnaissance serait avant tout un acte moral et politique, destiné à honorer la mémoire des victimes et à encourager une réflexion globale sur les conséquences contemporaines de l’esclavage.
Au-delà de la reconnaissance symbolique, cette démarche pourrait ouvrir la voie à des discussions plus concrètes sur la justice réparatrice, incluant des compensations, des politiques de développement et des initiatives éducatives. Plusieurs pays du Sud global soutiennent cette approche, considérée comme une étape vers une rééquilibration des relations internationales héritées de la période coloniale.
Toutefois, le projet suscite aussi des réserves au sein de certains États, notamment occidentaux, qui craignent des implications juridiques et politiques sensibles. Malgré ces tensions, les initiateurs du texte estiment que cette reconnaissance constitue une condition essentielle pour construire un ordre mondial plus équitable, fondé sur la vérité historique et la responsabilité collective.