La réception par Sa Majesté le roi Mswati III d’Eswatini de l’ancien dirigeant malgache Andry Rajoelina, le 6 février 2026 au palais de Lozitha, a déclenché une vive réaction diplomatique de la part des autorités malgaches actuelles, révélant des fractures profondes dans la gestion de la scène politique régionale et l’interprétation du protocole diplomatique.
Ce qui aurait pu être perçu comme une simple rencontre bilatérale s’est transformé en crise symbolique, amplifiée par le contexte politique intérieur à Madagascar. Les autorités en place à Antananarivo ont vivement dénoncé cet accueil, qu’elles jugent non seulement indigne au regard de la situation institutionnelle actuelle mais aussi porteur d’atteinte à la souveraineté nationale. Dans un communiqué fermement libellé, la présidence malgache a estimé que présenter M. Rajoelina désormais déchu de ses fonctions et même de la nationalité malgache comme une figure représentant Madagascar à l’étranger constitue une erreur juridique et politique majeure.
Le contexte politique qui sous-tend cette polémique est essentiel pour comprendre l’ampleur de la réaction malgache. Andry Rajoelina, longtemps au centre de la vie politique malgache, a été éjecté du pouvoir à la suite de protestations populaires massives, de mouvements de contestation sociale et d’un revers institutionnel qui l’a privé de la nationalité malgache. Cette dynamique de perte de légitimité interne explique en grande partie l’émoi suscité par sa représentation apparente lors d’une réunion officielle présidée par un chef d’État étranger.
Les autorités de la transition à Madagascar ont estimé que la réception par le roi Mswati III ne respectait ni l’ordre constitutionnel malgache, ni les normes diplomatiques communes. Elles ont ainsi qualifié cet accueil de « grave atteinte à l’État malgache », soulignant que rien ne justifiait, aux yeux de la République malgache actuelle, qu’un ancien chef d’État non reconnu comme titulaire de fonctions légitimes soit reçu en tant que représentant d’un État membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Du côté eswatiniens, les autorités ont tenté de justifier l’entretien comme une démarche conforme aux procédures régionales de la SADC, soulignant que l’audience s’inscrivait dans un cadre de discussions plus larges sur la situation politique à Madagascar. Selon certaines sources locales, des consultations préalables auraient été menées avec des représentants régionaux pour garantir que la rencontre réponde aux standards de coopération politique et de sécurité. Pourtant, cette explication n’a pas suffi à dissiper les inquiétudes malgaches.
Dans sa réponse officielle, Antananarivo a également pris la décision de porter ses préoccupations devant les instances de la SADC, s’adressant au secrétariat de l’organisation et au président sud-africain, alors président par intérim de la Communauté, pour souligner l’impact perturbateur de cet événement sur le processus en cours visant à restaurer la stabilité institutionnelle à Madagascar.
Plus largement, cet incident met en lumière un enjeu régional crucial : la gestion des transitions politiques et des responsabilités protocolaires entre États africains, en particulier lorsqu’il s’agit d’anciens dirigeants dont la légitimité fait l’objet de contestation. Alors que la SADC et d’autres instances régionales cherchent à promouvoir la paix, la stabilité et le respect des cadres constitutionnels, les interprétations divergentes de ce que constitue un acte diplomatique acceptable peuvent fragiliser la confiance entre États membres et compliquer les efforts de médiation régionale.
En définitive, l’affaire dépasse la simple visite d’un ancien dirigeant. Elle illustre les tensions persistantes entre souveraineté nationale, légitimité politique et pratiques diplomatiques en Afrique, en particulier dans un contexte où Madagascar tente de tourner la page d’une période de crise intérieure et de garantir un retour à l’ordre constitutionnel reconnu par ses partenaires régionaux.